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Le deltaplane est un aéronef décollable à pied, constitué d’une voile en tissu synthétique (Dacron), tendue sur une structure en alliage d’aluminium, et haubanée par des câbles d’acier.

Sur certains appareils les plus récents, la structure est mise en tension (étarquée) par des « transversales » en matériaux composites. La voile est mise en forme par des lattes en aluminium ou en fibres de carbone. (photo extraite de http://www.icaro2000.com)

Le poste de pilotage est constitué d’un « trapèze », de forme triangulaire (!), sur lequel le pilote agit pour diriger l’appareil. Le pilotage est « pendulaire » c’est à dire s’effectue par déplacement du poids du pilote. Le pilote est couché dans un harnais confortable et jouit d’un angle de vue incomparable vers la planète. Par contre, la surveillance des autres aéronefs en l’air devient vite fatigante pour les muscles du cou.

Sans compter la housse de transport, une aile delta peut atteindre 32 à 35 kg pour les ailes les plus lourdes et 20 à 22 kg pour les ailes d’école.
Ce poids ne se fait vraiment sentir que sur les premiers pas d’un décollage car l’aile se prend très vite en charge.

Le véritable inconvénient du poids apparaît lors du portage et limite les distances et les dénivelés que l’on peut parcourir à pied avec l’aéronef sur le dos. Dans la rubrique des inconvénients il y a aussi le problème du stockage et du transport d’un fagot de tubes et de toile de 5 à 6 m de long, ainsi que le temps du montage (de 15 à 30 min) qui peut paraître prohibitif à certains…

Pour les avantages, on peut dire que le décollage bien maîtrisé est un véritable plaisir, le vol couché et le pilotage pendulaire ont quelque chose de sublime. Les performances et la stabilité naturelle de l’aéronef permettent le vol en toute sécurité dans des conditions aérologiques de plus en plus fortes (mais chaque pilote doit connaître ses limites en fonction de ses capacités et de son appareil). Le site de Frederic Pignet (http://pignet.frederic.-free.fr) vaut le détour.

L’atterrissage, comparé au parapente, demande plus de rigueur (le film se déroule un peu plus vite)… et un peu plus de terrain… La technique d’atterrissage est très bien décrite dans une animation réalisée par Alain Jacques de l’école Prévol (http://www.prevoldelta.com), et disponible dans la rubrique « animations » du site de Dominique Chauvet : (http://www.-deltalpane.info).

Avec le perfectionnement des dernières ailes « sans mât », les performances ont fait un bond en avant, surtout aux vitesses de « transition » de 70 à 80 km/h (ou plus) que les pilotes affichent entre deux ascendances (pour les connaisseurs : les meilleurs pilotes avec les meilleures ailes souples ont un « taux de chute » de 2,5 m/s à 80km/h). A ces vitesses, la moindre « traînée » parasite commence à prendre de l’importance. Les vitesses maximales, de l’ordre de 110 – 120 km/h semblent être actuellement raisonnables et suffisantes, bien qu’on puisse à mon avis les dépasser, en conditions calmes (ce qui ne présente pas beaucoup d’intérêt, sauf pour le vol acrobatique).

Les vitesses minimales sont de l’ordre de 30 km/h (mais les vitesses de décrochage de certaines ailes de début peuvent descendre à 25km/h). Le « décrochage » est en général très doux et sans aucun danger s’il est effectué à une hauteur suffisante du relief.

Pour les appareils les plus performants, le « taux de chute » minimal est de l’ordre de 0,85 m/s entre 35 et 40 km/h, et la « finesse » max entre 14 et 15 vers 50 km/h. Toutefois, ces « performances » sont dégradées en virage, et il n’est pas surprenant de voir des parapentes monter mieux que des deltas dans les thermiques très étroits.

Les dangers de l’activité viennent surtout des erreurs des pilotes : à commencer par l’oubli d’accrochage, ou même l’oubli de fermeture du harnais !, une gestuelle mal maîtrisée au décollage ou à l’atterrissage, vols à proximité du relief ou d’autres aéronefs (collisions), survol de zones non posables, mauvaise analyse (ou pas d’analyse du tout) de la météo, des conditions aérologiques, de l’état du pilote…

Les accidents dus à une défaillance du matériel sont très rares, et même dans ces cas ils sont souvent imputables à une erreur du pilote : mauvaise prévol, erreurs de montage, défauts de vérification approfondie du matériel, ouverture intempestive du parachute ou du dragchute…

L’apprentissage, pour accéder au premier grand vol, demande quelques séances de pente école pour les pilotes de parapente et une à deux semaines pour les élèves complètement novices des choses de l’air.

Les écoles sont malheureusement de plus en plus rares, quand elles ne font pas de la publicité mensongère et vous proposent finalement des stages de… parapente !

Le site de la FFVL (http://www.ffvl.fr) ou le site incontournable deltaplane.info peuvent vous guider dans votre choix. Il existe un forum sur deltaplane.info que vous pouvez utiliser pour demander des conseils aux pilotes de votre région .

Et les « rigides » ?

Depuis quelques années sont apparues des ailes de vol libre dites « rigides ». La structure mécanique de ces ailes est constituée essentiellement de bords d’attaque en matériaux composites quasiment indéformables, d’où le nom de ces ailes. Le pilotage est pendulaire en tangage, mais s’effectue par des commandes aérodynamiques en roulis. Le pilote ne se déplace pas latéralement dans le trapèze, mais le déplace de droite à gauche pour lever le « spoiler » (sorte d’aérofrein situé à l’extrémité de l’aile) du côté ou il veut tourner. Ces ailes, présentées comme l’avenir du delta, ont connu un certain succès commercial. Leurs performances (0,75 m/s de taux de chute mini, 18 de finesse max) supérieures à celles des deltas souples, leur apparente facilité de pilotage et d’atterrissage ont même fait rêver bon nombre de parapentistes. Malheureusement, peu de pilotes sont conscients des exigences des ailes « rigides » les plus récentes, qui pardonnent moins les erreurs de pilotage ou les aérologies turbulentes que les deltaplanes souples. Pour profiter sereinement des performances de ces machines, une bonne expérience du pilotage et une rigueur presque « aéronautique » sont nécessaires.

Enfin, la Rolls des ailes de vol libre, le Swift pour ne pas le nommer, est un véritable planeur à bretelles, réservé aux pilotes expérimentés et fortunés. Son taux de chute de 0,5 m/s et sa finesse max de 25 en font l’aile la plus performante du vol libre actuel. Son pilotage, maintenant en 3 axes, s’effectue par gouvernes. Les ailes, de type planeur, se rangent dans une caisse qui peut être transportée sur le toit d’une voiture ou sur une remorque. La majorité des pilotes de Swift utilisent leur machine avec un moteur auxiliaire et décollent et atterrissent par roulage, ce qui les place à la charnière entre le vol libre et le vol à voile.

Contribution : Mircea Leventis



Petite histoire du deltaplane
(selon Mircea Leventis)

Après l’apparition de la vie dans les mers, après l’invasion de la terre ferme, la conquête des airs a commencé par les plantes (graines volantes[1]) puis par les insectes (libellules et blattes géantes) il y a quelques centaines de millions d’années. Vint ensuite le tour des reptiles qui ont donné naissance à plus de 9000 espèces d’oiseaux aujourd’hui (tout le monde connaît l’Archéoptérix[2] d’il y a 150 millions d’années). Les mammifères, eux, ne se sont pas trop aventurés dans l’espace aérien (à part les chauves souris et quelques écureuils volants).

Les hommes, ou plutôt quelques hommes, ont rêvé depuis longtemps pouvoir imiter les oiseaux [2’]. Qui ne connaît pas le mythe d’Icare et de Dédale [3], les dessins de Léonard de Vinci [4] (1452-1519), puis enfin les exploits d’Otto Lilienthal [5] (1848-1896), qui fut sans doutes le premier homme volant à avoir réussi plus de 2000 vols de pente sous des engins de sa fabrication pilotés par les déplacements du pilote. Il est sans conteste le père du vol libre (alors que l’anglais Georges Cayley [6] (1773-1857) peut être considéré comme le grand-père de l’aviation pour avoir fait voler son chauffeur en 1856 sur des aéroplanes de son invention).

Mais revenons à l’histoire du « deltaplane ». Les premiers brevets décrivant la structure de delta ont été déposés… pour des cerfs volants :

  • le brevet de G.D.Wanner (n°2537560) déposé en janvier 1948 décrit une structure de cerf volant en losange avec bord d’attaque et quille rigide.
  • le brevet de G.S. Rogallo (n°2546078) déposé en novembre 1948 décrit un cerf volant souple à deux lobes dont la forme en vol est donnée par des suspentes, comme sur des parachutes (il prévoit quand même de rigidifier éventuellement les bords d’attaque et la quille).

    Il est possible de consulter le récit de M. Rogallo sur le site de la FFVL (www.ffvl.fr).
    Il travailla avec la Nasa sur un parachute de récupération des capsules Gemini, concept qui fut abandonné par la suite. Rogallo lui-même attribue la paternité de l’aile que l’on appellera plus tard « deltaplane » à l’australien John Dickenson, qui s’est inspiré des ailes réalisées par la société Ryan (sous contrat de l’Armée américaine) au début des années 60. C’est Dickenson qui a adopté la structure qui est toujours utilisée de nos jours, en particulier le « trapèze » qui devient… triangulaire (il dépose un brevet en octobre 1963, mais ne l’exploitera jamais). Il améliore la stabilité de l’aile, ce qui lui permet de faire des démonstrations de vols tractés en ski nautique de 1963 à 1967 (voir l’article de l’excellent Vol Passion n°43, décembre 2003).

A la même époque, en France, Yannis Thomas et Bernard Danis pratiquent aussi le cerf volant en ski nautique. Danis améliore aussi la stabilité des cerfs volants et réalise en 1964 la traversée de la manche, puis plus tard un aller-retour Corse – Côte d’Azur.

En 1967, John Dickenson initie l’australien Bill Moyes (Moyes, ca ne vous dit rien ?) et l’américain Bill Bennet au vol tracté, puis au vol « libre » après largage.

En 1969, Moyes initie à son tour Bernard Danis au vol « libre ».
Aux Etats Unis, David Kelbourne (qui devait en avoir aussi !) expérimente les premiers décollages à pied.

En Suisse, Etienne Rithner, inspiré par les ailes « Rogallo », se lance aussi dans la conception et la réalisation de « deltaplanes ». Il deviendra, comme les autres pionniers (Moyes, Bennet, Danis et Jean Passe) un constructeur renommé.

Au début de l’été 1974 est crée la Fédération Française de Vol Libre.

Dans le monde entier, les constructeurs sont de plus en plus nombreux et se copient copieusement. Malheureusement, les ailes sont encoures dangereuses car instables en tangage à partir d’une certaine incidence, et partent en « drapeau » incontrôlable. Les accidents de cette époque héroïque expliquent la réputation de dangerosité que le deltaplane véhicule encore aujourd’hui, alors que le problème sera finalement résolu vers la fin des années 70 par l’adoption de « cordelettes de rappel » et de « floatings » anti-piqueurs.

Au début des années 80, on voit l’apparition des premières ailes à double surface et transversale intégrée (DSTI), mais il faut attendre la fin du deuxième millénaire pour découvrir les ailes DSTI sans mât qui sont les ailes delta souples les plus performantes d’aujourd’hui. A la même époque, et grâce aux techniques des matériaux composites, on assiste au développement d’ailes dites « rigides » qui sont de véritables « planeurs à bretelles » et dont l’histoire devrait être écrite à part.
Il est possible de consulter les rubriques « historique du delta » sur les sites de la FFVL [7], ou l’incontournable site du deltaplane [8], ou même le site de l’école Prévol [9].



Liens :

[1] : http://www.ctie.monash.edu.au/hargrave/images/zanonia_seed_350.jpg
[2] : http://pst.chez.tiscali.fr/svtiufm/images/archeopt.jpg
[2’] : http://www.flyingmachines.org
[3] : http://www.thanasis.com/icarus.htm
[4] : http://www.piumadileonardo.org
[5] : http://home.t-online.de/home/LilienthalMuseum/intro.htm
[6] : http://www.flyingmachines.org/cayl.html
[7] : http://www.ffvl.fr
[8] : http://www.deltaplane.info
[9] : http://www.prevoldelta.com


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