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Introduction

Lire le ciel, c’est écouter avec ses yeux. Observer l’orientation, la force et la fréquence du vent. Observer les éventuelles fumées dans la vallée. Observer les nuages, leur forme, l’orientation qu’ils prennent, la rapidité de leurs déformations ou de leurs dislocations.

Le ciel a son langage et comme toute langue, c’est en la parlant qu’on l’apprend.

Nombre d’incidents ou de frayeurs auraient pu être évités avec une meilleure analyse des conditions météorologiques lors de la pré-vol. C’est pourquoi, nous allons essayer de mieux comprendre le milieu dans lequel nous évoluons.

Attention, en météorologie, il n’y a jamais d’évidence. Un nuage peut en cacher un autre, une stabilité thermique peut se transformer soudainement en une forte instabilité désorganisée. Gardez toujours à l’esprit que les conditions changent perpétuellement, vous obligeant a faire constamment évoluer votre analyse.

L’analyse pré-vol

Le vent au décollage :

La première chose que vous faites, lorsque vous arrivez au décollage, c’est de regarder d’où vient le vent. Bien souvent, l’observation s’arrête là.

Mais en y regardant de plus près, vous verrez que la manche à air ou les flammes au décollage peuvent vous en apprendre bien d’avantage.

Vent ou brise ?

La brise a des origines thermiques. Elle est en général cyclique. J’entends par là que son intensité et son orientation évolue.

Le matin, elle est en général de faible intensité et les cycles thermiques sont assez éloignés.

Puis, avec le soleil montant, les cycles se rapprochent et l’orientation devient plus constante.

Le soir, c’est l’inverse, jusqu’à voir généralement apparaître une brise descendante.

Le vent, s’il n’est pas ondulatoire, est plus régulier, tant en force, qu’en orientation. Il ne sera évident à reconnaître que par ciel entièrement couvert, puisque dans ce cas il y a absence de thermiques.

Mais tout n’est pas blanc ou noir. La brise se mêle souvent au vent, rendant plus difficile l’observation. C’est alors l’expérience et le vécu qui vous permettront d’affiner votre analyse. D’où l’importance de prendre le temps d’observer.

Petit conseil de pilote :
Chronométrer le temps entre deux cycles vous permettra de choisir le bon moment du décollage. Pour profiter des thermiques, vous décollerez au début d’un cycle pour profiter le plus longtemps du thermique.
Lorsque la brise est forte, au contraire, vous décollerez hors cycle pour vous faciliter le décollage.

Au vent ou sous le vent ?

Ce n’est pas toujours aussi évident que le traditionnel dessin que l'on voit dans tous les livres imageant un beau rouleau derrière une crête saillante avec un petit parapente en chiffon et une tête de mort. En effet, par ciel bleu et sans repère sur la crête ou au sommet, il est difficile de savoir si on est du bon côté pour voler.

Sous le vent d’un relief, la manche à air danse le rock. Elle peut tourner sur elle-même, se détendre, puis se retendre brusquement. Elle peut aussi indiquer durant plus d’une minute un vent de face relativement régulier avant de s’inverser pendant le même temps.

Ce qui caractérise un endroit sous le vent est l’irrégularité du vent.

Note :
Vous verrez certains pilotes expérimentés décoller sous le vent d’une crête ou d’un relief, soit parce que le vent n’est pas fort, soit parce qu’il est contré par le thermique ou la brise. Mais si vous ne comprenez pas ou que vous ‘ne le sentez pas’,… abstenez-vous.

Conseil de pilote :
Si le vent est fort, n’hésitez pas à descendre dans la pente (si le décollage le permet). Plus on est bas, moins le vent est fort. C'est l'effet Venturi (un même volume d'air doit passer dans une section plus petite, ce qui entraîne une accélération des molécules) qui crée cette accélération.

Les nuages :
Ils sont, de loin, les témoins les plus évidents des mouvements de l’air. L’endroit d’où ils partent, leur forme, leur déplacement, leur évolution vous donneront de précieuses informations sur les conditions dans la ou les zone(s) de vol.

Les nuages se forment soit par un refroidissement des molécules lors de leur élévation, soit par l’arrivée d’une masse d’air humide dans une zone froide.

Lorsque je regarde les nuages, je recherche trois types d’informations :

L’instabilité de la masse d’air : ce sont principalement les cumulus qui nous indiquent cette instabilité. Plus ils apparaissent tôt, denses et nets, plus ils indiquent une forte instabilité.


Cumulus = instabilité verticale


Congestus = instabilité importante

Cumulonimbus = danger

Cumulus dû à la détente = humidité


La force et la direction du vent : si le vent n’est pas trop fort, les cumulus dérivent avec le vent. Lorsque le vent est plus fort, on peut observer la partie supérieure des cumulus se déchirer.


Le cumulus est légèrement couché vers la gauche. Cela indique la présence d'un vent météo de droite à gauche (entre 10 et 25 km/h).


Les barbules sont déchirées, signe que le vent est fort (au delà de 30 km/h). On observe dans le fond un lenticulaire qui confirme la présence du vent fort.

Le nuage de rotors se forme sous le vent de la crête. Il n'est pas forcément fort, mais au moins le sens du vent est clair.


On peut aussi voir deux autres types de nuages directement liés au vent :

Les lenticulaires, ou nuages orographiques. Ce sont les fameuses ‘piles d’assiettes’ dont on parle lorsqu’on explique l’effet de foehn.

Le vent vient contre un relief et monte. En montant, l'air se refroidit, le nuage se forme. En redescendant, l'air se réchauffe et le nuage disparaît.
Les lenticulaires apparaissent au dessus des montagnes par un vent très fort (supérieur à 50 km/h)

 

Et les rotors (voir plus haut), s’ils n’indiquent pas nécessairement une grande vitesse de vent, ils vous préviendront que, là, il ne faut pas voler parce que c’est sous le vent.

L’éventuelle arrivée d’un front : d’une manière générale, l’arrivée d’un front, occupe toute une partie du ciel. Reste à définir quel type de front c’est.

Le front froid, c’est un mur gris foncé qui fonce sur vous et c’est pas bon du tout.

 

Le front chaud, c’est l’arrivée plus ou moins lente de cirrus ou cirrocumulus, puis les altocumulus et cumulus et enfin les stratocumulus.

 

Les autres observations :
Le sens des fumées, les autres parapentes, les oiseaux qui dérivent, le côté 'au vent' des feuillus qui est plus pâle que le côté 'sous le vent', les vaguelettes sur les plans d’eau, sont autant de signes qui vous indiquent dans quel type de masse d’air vous allez voler.

Conclusion :

La pré-vol météo est la première partie du vol. Elle commence avant même de sortir la voile du sac. Par cette observation, on s’imprègne des conditions, on imagine le trajet de l’air, on se transforme en particule.

Et si votre expérience ne vous paraît pas suffisante, dites-vous que ce n’est pas en laissant les autres réfléchir à votre place que vous allez progresser.

N’hésitez pas à poser des questions aux pilotes locaux, ou à ceux qui semblent en savoir d’avantage. Vous verrez que très vite, vous ferez plus qu'écouter, vous prendrez part aux discussions.

Enfin, il ne faut pas attendre d’être sur la route du décollage pour ‘réflexionner’ sur les conditions météo. Vous pouvez le faire en sortant du travail, le week-end en tondant la pelouse ou au bar en écoutant le récit de vol d’un ami.

La météo est une langue universelle aux dialectes innombrables. Plus vous en connaîtrez, meilleur sera votre analyse.

Bons vols
Restez prudents

Laurent Van Hille
DTE – Les choucas

 

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